Vendre en ligne à un consommateur, c'est entrer dans un cadre protecteur dont l'un des piliers est souvent oublié : la médiation de la consommation. Depuis 2016, tout professionnel B2C doit permettre à son client d'accéder gratuitement à un médiateur agréé en cas de litige. Pas d'adhésion, pas de mention dans les CGV : c'est la mise en demeure presque assurée en cas de contrôle de la DGCCRF.
Voici ce que vous devez avoir en place en 2026, et comment choisir le bon médiateur sans vous tromper.
Pourquoi la médiation est-elle obligatoire ?
L'obligation prend sa source dans la directive européenne 2013/11/UE relative au règlement extrajudiciaire des litiges de consommation (RELC). La France l'a transposée par l'ordonnance n° 2015-1033 du 20 août 2015, complétée par le décret du 30 octobre 2015. Depuis le 1er janvier 2016, tout professionnel doit garantir au consommateur l'accès gratuit à un dispositif de médiation conventionnelle.
Le cadre est désormais codifié aux articles L.611-1 à L.616-3 du Code de la consommation. Trois principes structurent ce dispositif :
- La médiation est gratuite pour le consommateur ; le professionnel supporte les coûts.
- Le médiateur est indépendant et impartial, et doit être référencé par la CECMC (Commission d'évaluation et de contrôle de la médiation de la consommation).
- Le professionnel a une obligation d'information : il doit communiquer au client le nom et les coordonnées du médiateur compétent, dans ses CGV et sur son site.
À noter : la directive (UE) 2025/2647 du 16 décembre 2025, publiée au Journal officiel de l'Union européenne le 30 décembre 2025 et entrée en vigueur le 19 janvier 2026, modernise le RELC pour l'adapter aux marchés numériques. Elle réaffirme le rôle du médiateur de la consommation et acte la disparition de la plateforme européenne de règlement en ligne des litiges.
Rien ne change dans l'immédiat pour votre site : les États membres ont jusqu'au 20 mars 2028 pour la transposer, et le socle français reste inchangé d'ici là. Adhésion à un médiateur référencé et information du consommateur restent les deux pierres angulaires.
Qui est concerné ?
La réponse tient en une phrase : tout professionnel établi en France qui contracte avec un consommateur, quels que soient son secteur, sa taille ou son canal de vente.
Cela inclut :
- Les boutiques en ligne (biens physiques, biens numériques, abonnements).
- Les prestataires de services (artisans, professions libérales, SaaS B2C, coachs, formateurs).
- Les commerces physiques qui vendent aussi à distance.
- Les marketplaces et les vendeurs présents sur ces marketplaces.
- Les acteurs du tourisme, du transport, de l'immobilier, de l'assurance, de l'énergie, etc.
À l'inverse, ne sont pas concernés :
- Les ventes strictement B2B (entre professionnels).
- Les services d'intérêt général non économiques.
- Les services de santé fournis par des professionnels de santé.
- Les organismes publics d'enseignement supérieur.
Vous vendez aux deux ? C'est obligatoire
Si une fraction même minime de votre clientèle est constituée de consommateurs (B2C), l'obligation s'applique. Vous ne pouvez pas vous en exonérer en arguant que « 95 % de mes clients sont des pros ».
Quelles sanctions en cas d'absence ?
L'article L.641-1 du Code de la consommation prévoit une amende administrative prononcée par la DGCCRF :
- Jusqu'à 3 000 € pour une personne physique (entrepreneur individuel, auto-entrepreneur).
- Jusqu'à 15 000 € pour une personne morale (SAS, SARL, etc.).
La DGCCRF est l'autorité de contrôle. En pratique, elle procède d'abord à une mise en demeure, puis sanctionne en cas de non-régularisation. Les contrôles ciblent surtout :
- L'absence totale d'adhésion à un médiateur.
- La présence de coordonnées erronées ou obsolètes dans les CGV.
- L'absence du lien d'accès au médiateur sur le site.
- L'absence d'information du consommateur après une réclamation non aboutie.
Au-delà de l'amende, l'absence de médiateur fragilise votre dossier en cas de litige judiciaire : un juge peut considérer le manquement comme une présomption de mauvaise foi.
Ce que vous devez concrètement faire
Trois actions, dans l'ordre :
1. Adhérer à un médiateur agréé CECMC. L'adhésion se fait via un contrat (souvent annuel) avec un médiateur de votre choix. Privilégiez un médiateur référencé sur la liste officielle publiée sur economie.gouv.fr/mediation-conso. Toute adhésion à un dispositif non référencé est sans valeur au regard de la loi.
2. Insérer la mention dans vos CGV et sur votre site. L'article L.616-1 impose une information « visible et lisible ». En pratique :
- Une clause dédiée dans les CGV.
- Une mention dans le pied de page du site ou dans la page « Mentions légales ».
- Une référence dans vos conditions de service après-vente, courriels de réclamation et confirmations de commande si possible.
3. Informer à nouveau en cas de litige. Si le consommateur dépose une réclamation et que vous n'aboutissez pas à un accord dans le délai mentionné dans vos CGV (souvent 60 jours), vous devez lui rappeler par écrit l'existence du médiateur, ses coordonnées et son site internet. Cette double obligation d'information (avant le contrat, puis après l'échec de la réclamation préalable) est précisée par l'article R.616-1 du Code de la consommation.
Les principaux médiateurs référencés CECMC
L'annuaire officiel recense 73 dispositifs référencés (relevé du 20 juillet 2026), dont 21 couvrent le secteur « Vente en ligne, vente à distance ». Voici ceux que retiennent le plus souvent les e-commerçants et prestataires, tous vérifiés dans cet annuaire :
- Médiateur de la Fédération professionnelle du e-commerce et de la vente à distance (FEVAD) : référence pour la vente à distance et le e-commerce. Adhésion en général couplée à une affiliation à la FEVAD.
- Centre de Médiation et d'Arbitrage de Paris (CMAP) : généraliste adossé à la CCI Paris Île-de-France, souvent retenu par les ETI et grands groupes.
- Centre de Médiation de la Consommation des Conciliateurs de justice (CM2C) : généraliste issu du réseau des conciliateurs de justice, large adoption par les e-commerces de toutes tailles et par des fédérations entières.
- Médiation de la Consommation & Patrimoine (MCP) : généraliste, tarification indexée sur le chiffre d'affaires, adaptée aux TPE.
- Médiation Solution : généraliste, la couverture sectorielle la plus large de l'annuaire.
- Médiateur Tourisme et Voyage (MTV) : référent du secteur tourisme et voyage (agences, tour-opérateurs, locations).
- Avenir Conso (anciennement AME Conso) : généraliste, secteurs des services et du commerce.
- Médiation de l'Association Nationale des Médiateurs (ANM) : généraliste, indépendants et professions libérales.
- Plus une série de médiateurs sectoriels, dont six dispositifs publics réservés à leur secteur : Médiateur national de l'énergie, médiateur de l'AMF pour les produits financiers, Médiateur des jeux. Aucun médiateur public généraliste n'existe : hors de ces secteurs, l'adhésion à un organisme privé est la seule voie.
Vérifiez le référencement avant de citer un médiateur
Le référencement CECMC vaut trois ans et se renouvelle. Des organismes qui figuraient dans les listes d'il y a quelques années n'y sont plus, alors que leur nom continue de circuler dans des modèles de CGV recopiés. Avant d'adhérer, et avant d'inscrire un nom dans vos CGV, cherchez-le dans l'annuaire officiel, mis à jour par les ministères économiques et financiers.
Plusieurs médiateurs possibles
Rien ne vous empêche d'adhérer à plusieurs médiateurs si vos activités relèvent de secteurs différents (par exemple : voyages + boutique d'accessoires). Vous précisez alors dans vos CGV quel médiateur est compétent selon la nature du litige.
Comment choisir le bon médiateur ?
Quatre critères font la différence en pratique :
Cohérence sectorielle. Un médiateur sectoriel comprend mieux les usages et le vocabulaire de votre métier. Si vous êtes une agence de voyages, MTV sera plus pertinent que CMAP. Si vous êtes un e-commerce généraliste, FEVAD, CM2C ou MCP conviennent très bien.
Modèle tarifaire. Le coût est indexé sur votre taille, et il est bien plus faible qu'on ne l'imagine. Deux grands modèles coexistent, illustrés par les tarifs publics relevés en juillet 2026 :
- Droit d'adhésion forfaitaire, puis facturation au dossier : chez CM2C, 48 € pour trois ans en dessous de 10 salariés, puis 36 € par médiation traitée à distance. Le plus économique si vous avez très peu de litiges.
- Abonnement annuel tout compris : chez MCP, 25 € HT par an en dessous de 25 000 € de chiffre d'affaires, frais de dossier inclus et sans frais en cas de refus d'entrée en médiation. Le plus simple à budgéter.
Dans les deux cas, les paliers montent avec l'effectif ou le chiffre d'affaires. Vérifiez les grilles à jour auprès du médiateur : ces montants évoluent.
Notoriété et signal client. Un médiateur reconnu (FEVAD, CMAP) rassure le consommateur et renvoie une image de sérieux. C'est un argument de réassurance non négligeable sur la page « Aide » ou « Litige ».
Modalités de saisine et délais. Vérifiez le délai moyen de traitement annoncé (souvent 90 jours, parfois plus). Vérifiez aussi la plateforme de dépôt : un médiateur disposant d'un portail en ligne moderne facilitera la vie de vos clients et donc la résolution amiable.
Plateforme RLL/ODR : ce qui a changé en 2025-2026
Pendant longtemps, vos CGV devaient mentionner la plateforme européenne de Règlement en Ligne des Litiges (RLL) accessible sur ec.europa.eu/consumers/odr. Ce n'est plus le cas.
Suite au règlement (UE) 2024/3228, la plateforme RLL a été fermée définitivement le 20 juillet 2025. La Commission européenne l'a jugée inefficace : moins de 2 % des plaintes recevaient une réponse favorable. Concrètement :
- Le lien vers la plateforme RLL doit être retiré de vos CGV et de votre site.
- L'obligation de citer le médiateur français agréé CECMC, elle, reste pleinement applicable.
- Un nouvel outil européen d'orientation (et non de dépôt centralisé) est en cours de déploiement, mais aucune obligation de lien n'existe à ce jour.
Si vos CGV datent d'avant juillet 2025, il est probable qu'elles mentionnent encore l'ancienne plateforme. Faites le ménage.
Mention type à insérer dans vos CGV
Voici un exemple de clause prête à coller, à adapter avec vos coordonnées et celles de votre médiateur :
Médiation de la consommation. Conformément aux articles L.611-1 et suivants du Code de la consommation, le client consommateur dispose, en cas de litige non résolu avec [Nom de votre entreprise], du droit de recourir gratuitement à un médiateur de la consommation. Préalablement à toute saisine, le client doit avoir adressé une réclamation écrite à notre service client à l'adresse [email@exemple.fr], et avoir laissé un délai de [60] jours à compter de notre accusé de réception pour tenter de résoudre le différend à l'amiable.
À défaut de résolution, le client peut saisir gratuitement le médiateur suivant :
[Nom du médiateur, par exemple : CM2C (Centre de la Médiation de la Consommation de Conciliateurs de Justice)] [Adresse postale] Site internet : [url du médiateur]
La saisine du médiateur doit intervenir dans un délai d'un an à compter de la réclamation écrite initiale.
Cette clause couvre les deux exigences clés : information préalable et rappel de la procédure de réclamation. Adaptez le délai de réclamation (souvent 30 ou 60 jours) en cohérence avec vos engagements de service client.
Bon réflexe
Conservez la preuve de votre adhésion (contrat, facture annuelle, attestation du médiateur). C'est ce que la DGCCRF demande en premier en cas de contrôle.
Étapes en cas de litige : la séquence à suivre
La médiation n'est pas une saisine immédiate. La procédure obéit à un enchaînement strict :
- Réclamation préalable du client auprès de votre service client (par écrit : email, courrier, formulaire).
- Tentative de résolution amiable dans le délai indiqué dans vos CGV.
- En cas d'échec, vous informez le client par écrit qu'il peut saisir le médiateur (rappel des coordonnées).
- Saisine du médiateur par le client (gratuite, en ligne dans la plupart des cas).
- Examen de recevabilité par le médiateur (90 jours en moyenne).
- Proposition de solution du médiateur, non contraignante mais souvent suivie d'effet.
Le médiateur refuse les demandes qui n'ont pas été précédées d'une réclamation préalable. C'est pourquoi votre clause CGV doit imposer ce passage obligé : c'est protecteur pour vous, et conforme à l'article L.612-2 du Code de la consommation.
Pour aller plus loin
La médiation s'inscrit dans un ensemble plus large d'obligations CGV. Si vous mettez à jour vos conditions générales en 2026, vérifiez aussi votre clause de droit de rétractation de 14 jours et, si vous opérez en dropshipping, lisez notre guide sur les pièges à éviter pour les CGV de dropshipping.
Pour le cadre général, notre article CGV ou CGU : quelle différence ? vous aide à clarifier quel document vous est imposé. Et si vous voulez mesurer le risque concret encouru en cas de non-conformité, notre dossier sur les sanctions CNIL et DGCCRF en cas de site non conforme met les chiffres en face des manquements les plus fréquents.
En conclusion
La médiation de la consommation est l'une des obligations les plus simples à régulariser : une adhésion annuelle à quelques dizaines d'euros, une clause à insérer dans vos CGV, un lien à afficher sur votre site. Pourtant, c'est l'un des points les plus souvent oubliés et l'un des plus contrôlés par la DGCCRF.
Prenez trente minutes pour choisir un médiateur cohérent avec votre activité, signer l'adhésion, et mettre vos CGV à jour. Au passage, supprimez la mention de l'ancienne plateforme RLL si elle figure encore. Vous n'aurez ni amende, ni client perdu pour défaut d'information : un investissement minimal pour une tranquillité durable.
Ressources officielles
- Portail officiel de la médiation de la consommation : cadre et médiateurs référencés.
- Annuaire des médiateurs de la consommation : liste officielle des dispositifs référencés par la CECMC, publiée en données ouvertes par les ministères économiques et financiers. C'est la source à consulter pour vérifier qu'un médiateur est bien référencé.
- Articles L.611-1 et suivants du Code de la consommation : obligation de médiation de la consommation.
- Médiation des litiges de la consommation : fiche service-public.fr.
- Directive (UE) 2025/2647 du 16 décembre 2025 : révision du cadre RELC, à transposer d'ici le 20 mars 2028.